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La belle exposition consacrée cet été à André Mare (1885-1932) « Aux sources du cubisme et de l’Art Déco » par le Musée des beaux-arts et de la dentelle d’Alençon, nous a incité à demander à Florence Camard, auteur de l’ouvrage « Süe et Mare, la Compagnie des Arts français », d’évoquer la personnalité d’un artiste complet, révélé par le Salon d’Automne.
Quand en 1909, André Mare présente au Salon d’Automne trois tableaux et des reliures, il ne pressent pas que cette incursion dans la section « arts décoratifs » va engager son avenir artistique et l’amener à sacrifier sa vocation de peintre. L’année suivante il se marie et pour subvenir aux besoins du ménage il accepte de créer pour André Groult, le beau-frère de Paul Poiret qui vient d’ouvrir une boutique de décoration, des dessins de meubles censés être présentés sous son nom, au Salon d’Automne. L’engagement n’est pas tenu par Groult qui passe sous silence la collaboration du jeune peintre, comme celle de l’architecte Louis Süe. Piqué au vif, André Mare décide de relever le défi et fait au Salon d’Automne 1911 une entrée remarquée comme décorateur avec notamment une salle à manger achetée par Georges Duhamel. Ce n’est pas tant cette conversion « alimentaire » au mobilier qui est originale, mais l’esprit coopératif qui sous-tend la démarche à laquelle André Mare associe ses amis peintres : Georges Rouault décore des faïences, Roger de La Fresnaye et Marie Laurencin deux cheminées ; Richard Desvallières crée des chenets en fer forgé et Raymond Duchamp-Villon un buste en terre cuite de Baudelaire, André Mare se réservant la conception du mobilier. Le projet collectif marqué par un choix pictural haut en couleurs est fraîchement accueilli par la critique, mais le décorateur de vingt-cinq ans a réussi à fédérer autour de son nom une équipe unie par un esprit d’avant-garde. Ce coup d’essai est confirmé l’année suivante par un coup de maître : « la Maison cubiste » que d’aucuns appelleront par plaisanterie la « maison maresque ». À défaut de pouvoir présenter dans l’enceinte du Grand Palais une véritable construction dont la maquette a été conservée, les frères Villon entreprennent d’en réaliser la façade dont André Mare et ses amis aménagent et décorent in extremis l’intérieur au grand affolement des organisateurs. C’est l’attraction incontournable du Salon d’Automne 1912, tant par l’ampleur du projet que par l’option nettement cubiste des peintres présents : La Fresnaye, Léger, Metzinger, Gleizes et Marcel Duchamp... En dépit du caractère traditionnel du mobilier et de l’ambiance bourgeoise qui imprègnent le salon et la chambre à coucher, le responsable désigné n’est pas épargné par la polémique. « André Mare, dussiez-vous me traiter de pompier comme font avec grâce ces sacrés petits fumistes de cubistes pour qui vous avez de coupables faiblesses, je vous assure que vous vous êtes trompé » fulmine Louis Vauxcelles.
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Maquette de la façade de la Maison Cubiste, Salon d'Automne 1912
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Le scandale qu’il n’a pas recherché s’avère payant pour André Mare, mais la guerre diffère de plusieurs années son association avec Louis Süe. En 1917, il écrit à Maurice Marinot dont il espère la participation : « Notre intention est de réaliser ce que j’ai toujours essayé de faire au Salon d’Automne avec les camarades, c’est-à-dire de travailler en commun et d’avoir des représentants de tous les arts ». La Compagnie des Arts français est constituée en 1919 et s’installe l’année suivante rue du Faubourg Saint-Honoré. Louis Süe en assure la direction artistique et André Mare coordonne la coopération avec les « camarades » Desvallières, Jaulmes, Véra, Dunoyer de Segonzac, Boutet de Monvel et Charles Dufresne... Mais sans fortune personnelle, les deux amis ont dû recourir à un financement extérieur qui leur sera fatal. L’Exposition internationale de 1925 a beau consacrer Louis Süe et André Mare comme grands décorateurs, les commandes ne génèrent pas les profits escomptés par leurs commanditaires : en 1927, la Compagnie des Arts français passe sous le contrôle des Galeries Lafayette et ses fondateurs sont remerciés. L’aventure commencée dans l’effervescence du Salon d’Automne, s’achève quinze ans plus tard, dans la désillusion.
Florence Camard
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