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Je me sauve avec élégance, cherchant des yeux un niveau plus humain et une altitude artistique plus respirable.
D’autres ouvrages sont inversement trop riches en informations, de quoi donner le tournis ou la nausée. On dirait des accumulations d’images et d’activités picturales qui s’entre-dévorent sous vos yeux en niant complètement votre présence, comme une orgie d’exhibitionnistes masturbateurs autistes provocant les pervers voyeurs scandalisés.
Si nous ne faisons pas un tri sélectif, ces ors durs visuels pénètrent le regard et remplissent notre mémoire comme le feraient des immondices dans un esprit devenu poubelle.
Enfin bon, il y a quand même de bonnes choses, mais elles ne sont parfois qu’ébauchée, alors qu’on en voudrait plus, trop hésitante voir balbutiante ; ça manque d’un je ne sais quoi !
Ou alors c’est lourd et laborieux, le travail est tellement recouvert de repentirs, qu’on dirait le fait inconscient d’un timide boulimique. Une œuvre brouillonne ne me fait pas l’effet d’être de l’art brut, naïf ou l’élaboration inconsciente d’un malade mentale, mais ce qu’elle est, les traces de la main qui s’essuie.
Ou encore il y a trop de références ; je cherche le mode d’emploi car je ne veux pas mourir idiot. Trop d’actualité médiatique ou de mode superficielle et l’on repousse l’objet vers les arts appliqués ou décoratifs.
Certaines propositions plastiques sont sectaires, aussi il faudrait être un initié pour adhérer à ce trop religieux ou à ce trop engagé politiquement. Des dogmes ou des idées reçues d’une même veine nous assaillent de toute part, alors que je les devine impraticables, non sensuelles et intellectuelles.
Que sont devenues Gnose et Praxie ?
Heureusement au détour du chemin il y a toujours des rencontres inattendues ; la fée ou le bon génie nous attend.
Il y a la première œuvre qui impose sa présence d’une façon remarquable, c’est l’évidence même. Le regard se promène aisément sur la surface, les propos sont limpides et poétiques à la fois. C’est original, le sujet est maîtrisé, la manière de faire d’une qualité exemplaire. L’unité de style (d’action) élargit notre univers perceptif, la composition tient notre point de vue, la pertinence des choix chromatiques, de texture, bref tout s’impose.
Là, je prends peur, alors je cherche le cartel ; vite, quel est cet auteur dont le nom ne me saute pas aux yeux ?
Ah ! C’est lui, c’est rassurant, bien sûr il y a que lui pour faire quelque chose de pareil, un tel chef d’œuvre ! Je me rassure, l’enfant qui sommeille en moi cherche son adulte intérieur, ou si ce dernier a quitté le foyer familial, la figure d’un Léonard protecteur !
Réflexe salvateur ? L’adrénaline remonte. Ah ! Vite, passons à autre chose, Vite, une médiocrité rassurante à agresser !
Pas de chance c’est une succession de dix chefs d’œuvres qui s’offre à moi.
Alors là, je me dis que ce n’est pas possible ; il doit y avoir un « hic » ? Je reviens sur les peintures précédentes, mais rien à faire c’est bien çà ! J’ai beau faire des vas et viens, comparer chaque production, chercher les différences, fort est de constater un même niveau créatif ? Comment peut-on être aussi différent et semblable à la fois ! Tout en étant réunis sous un même toit ?
C’est stupéfiant ! Bravo !
Le Salon d’Automne s’est-il joué de moi ?
Le fait d’être confronté à autant d’individuation est pourtant bien vexant. Ce n’est pas très grand public, consensuel, dirions-nous. Aucun laxisme là-dedans, le maximum est donné. Aucun populisme, le nivellement ne peut pas se faire par le bas.
Comprenez- bien ; voilà l’événement !
La recherche d’un juste-milieu, d’une moyenne égalitaire est impossible, je suis obligé de m’élever emporté par l’excellence de chacun. C’est épuisant de ne pas pouvoir mettre toutes les œuvres et tous les artistes dans le même sac !
Dans ce Salon, il faut non seulement marcher mais monter à des altitudes vertigineuses. Je cherche un regard dans celui des autres spectateurs, mais rien !. Je suis seul.
Pervers, je me souviens alors que dans les périodes obscurantistes de notre histoire collective, la terre a été plate. Rassurée par ma bêtise je redescends la pente.
Je m’incline dans le silence, les pieds sur terre.
C’est ce qu’on appelle le talent, talent de l’autre, cet auteur, un simple être humain comme moi !
Il y a de quoi devenir nerveux ; on peut comprendre certain comportement délinquant agressif vis-à-vis de tant de puissance existentielle.
Evitons tout dérapage. Je tourne les talons. Chose vue, il est tant de partir, trop d’émotions.
Pourtant il reste impossible de perdre un iota de ce qui c’est passé ; le fugitif, l’éphémère est devenu bronze ou marbre, l’impression est gravée, le sens aussi. Je suis dirigé, c’est un chef d’œuvre ? Serais-je le seul à l’avoir vu, lu, entendu, senti, goûté, compris ?
Il est temps de poursuivre la visite. Une certaine jalousie me poursuit alors que je reprends mon périple.
Finalement j’arrive à me rendre de nouveau complètement disponible aux travaux suivants. Puis, c’est la sortie.
Sur le chemin du retour je suis songeur. Une subtile métamorphose s’opère, l’existence de ces gens me submerge de bonheur. Le fait qu’ils puissent communiquer de la sorte me saisi, enrichissant par-là mon fort intérieur. Ma concentration se rassemble alors en un objet immatériel unique : la vie.
C’est ce qui va sûrement m’aider à deviner et comprendre un quotidien plus avare en cohérence.
Certaines images sont peut-être celles que j’aimerais avoir à l’esprit à mon dernier souffle, comme synthèse de la concision d’un vécu. J’aimerais beaucoup qu’elles m’apparaissent en accéléré, respectant l’ordre chronologique de leur réalisation.
Il faudra que j’en parle à d’autres. Mais comment ?
Je vais demander au père Noël !
Jean-Bernard Pouchous
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