LEONARD DE VINCI – LA JOCONDE
par Marcel Mantione

Le double-manque ou l’attrait de la Renaissance ?

La Joconde, œuvre majeure de Léonard de Vinci, nous invite à une méditation individuelle et collective :
Pourquoi suscite-t-elle une aussi grande fascination ?
Sommes-nous sensibles à son sourire ?
Nous sentons-nous concernés par son regard ? 
Que voyons-nous ?
Une jeune-femme, dans une loggia ouverte sur un paysage de lac montagneux.
Son buste nous fait face, légèrement tourné vers notre gauche.
Dans cette nature archaïque, on devine la trace de l’homme, une route, un pont.
Le tout baigne dans une lumière subtile.
Ce qui nous frappe, c’est sa présence. Ce qui nous trouble, c’est son ambivalence. Est-elle sereine ou triste, aimante ou détachée, femme ou mère ?
Au-dessus de son large front, un voile imperceptible couvre ses cheveux. Ses paupières lourdes et son regard profond dominent l’horizon. Un décolleté prodigue laisse entrevoir des seins gonflés. Ses bras repliés s’accoudent à la balustrade.
Est-elle issue des vierges du Moyen-âge ou incarne-t-elle une femme dans sa modernité ?
Nous sommes accueillis par un sourire imperceptible, énigmatique.
Son regard émerge du tableau dans notre direction. Nous sommes invités à la dévisager à notre tour, souhaitant être l’objet de son désir. Mais elle ne nous voit pas, sa vision glisse et notre manque est en souffrance.
Cette prise de conscience progressive contraste avec le sentiment océanique d’Immanence nourri par un paysage des Origines, la profondeur variable d’un temps vertigineux qui passe de l’ébauche d’un sourire à celui de la création d’une chaîne de montagnes.
Cette relation fondamentale d’une Femme et de la Nature est éveillée par le désir d’une rencontre.
Que savons-nous de Mona Lisa ?
Lisa Gherardini est née à Florence en 1479. Elle épouse Francesco del Giocondo en 1495. Celui-ci a plusieurs charges publiques. Elle aurait perdu en 1499 son fils unique.
Le portrait, esquissé en 1501, est réalisé entre 1503 et 1507. On dit que Léonard de Vinci convoqua des musiciens pour tirer Mona Lisa de sa mélancolie et lui arracher un sourire. Ce tableau ne sera jamais livré. Léonard l’emportera et le travaillera en France.
Nous connaissons Léonard de Vinci, sculpteur, architecte, ingénieur, mais nous connaissons peu l’homme au caractère contrasté, en proie au doute.
Nous savons qu’il nait à Vinci en 1452, fils illégitime d’un notaire et d’une servante. Il est arraché à sa mère vers l’âge de 4 – 5 ans par son père et élevé par sa belle-mère. Celle-ci lui témoigne beaucoup d’affection.
Il semble que la rencontre Leonard de Vinci – Mona Lisa se soit faite sur une double absence. Celle de l’enfant que Mona Lisa ne serre pas dans ses bras vides. Celle de la mère perdue, désirée que le peintre ne finira pas de chercher et de se représenter, à la fois proche et lointaine, chargée de ses reproches mais pleine des vertus réparatrices de son amour.
Ce « double-manque », celle relation œdipienne interrompue nous interpelle.
Ce n’est qu’après un long travail de deuil que Léonard aurait surmonté cette absence en la symbolisant sur la toile par une présence à vocation éternelle.
La sublimation de Léonard est nôtre. Elle nous permettrait de mieux comprendre, par-delà son génie, le retentissement de La Joconde.

Marcel MANTIONE


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